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Semaine européenne de la vaccination : 3 questions au Dr Emmanuel PIEDNOIR, médecin-pharmacien infectiologue au centre hospitalier Avranches-Granville

Actualité
Santé publique
Date de publication
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SEV 2018
À l'occasion de la semaine européenne de la vaccination qui se déroulera du lundi 23 au dimanche 29 avril 2018, nous avons posé trois questions au Dr Emmanuel PIEDNOIR, médecin-pharmacien infectiologue au centre hospitalier d'Avranches-Granville.
Corps de texte
Portrait E. PIEDNOIR - ARS de Normandie

Trois questions à…

ARS : Quel message souhaitez-vous faire passer à l’occasion de la semaine européenne de la vaccination qui se déroulera du 23 au 29 avril 2018 ?

Emmanuel PIEDNOIR : La vaccination est une mesure essentielle de prévention de maladies infectieuses. Mon premier et principal message est que se faire vacciner est un acte citoyen. Il faut tenir compte de l’aspect altruiste de la vaccination. Certes, nous le faisons pour nous-même, pour éviter de tomber malade, mais en nous faisant vacciner, nous évitons également et surtout la diffusion d’agent infectieux (virus, bactérie) dans la population. Pour résumer, en me faisant vacciner, je me protège et je protège les autres.

N’oublions pas que, par exemple, la variole a pu être éradiquée grâce à la vaccination collective. Les vaccinations proposées actuellement nous permettent d’éviter de contracter et dès lors de prévenir la propagation de maladies graves voire mortelles. Avoir accès à la vaccination est une chance et ce n’est pas toujours le cas dans tous les pays du monde.

Que risque-t-on à ne pas nous faire vacciner ?

À ne pas nous faire vacciner, nous risquons de développer les maladies contre lesquelles les vaccins nous protègent, mais nous exposons également tous ceux qui ne peuvent pas se faire vacciner au risque de tomber malade. Il faut aussi rappeler que nombre de maladies à prévention vaccinale n’ont aucun traitement efficace (poliovirus, rougeole…).

Pour qu’un agent infectieux ne circule plus dans une population, il faut que le taux de couverture vaccinale soit proche de 95 %.

Les 5 % de la population restant sont ceux qui ne peuvent recevoir une vaccination pour des raisons sociales (isolement, précarité extrême…) ou médicales : les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées soit en raison de leur âge, soit de maladies ou de médicaments qui fragilisent leur défenses immunitaires (traitements anticancéreux, les maladies auto-immunes, antirejet de greffes…).

Par ailleurs, en ne nous faisant pas vacciner, nous risquons de faire resurgir des maladies qui avaient quasiment disparues en France. Prenons l’exemple récent de la rougeole, si elle est bénigne dans l’immense majorité des cas chez l’enfant, les risques sont décuplés dans la population adulte non immunisée, entrainant des séquelles importantes voire dans certains cas le décès du patient.

Pourquoi passer de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants de moins de 2 ans ?

Tout simplement pour protéger la population des maladies prévenues par la vaccination. Le taux de couverture vaccinale de ces 8 maladies dont la vaccination n’était pas obligatoire est déjà de 80 %. Elle est de plus de 95 % pour les 3 vaccins obligatoires. En rendant ces 11 vaccinations obligatoires, l’objectif est d’atteindre le seuil d’immunité de groupe de 95 % et tendre ainsi vers la quasi éradication de la circulation des agents infectieux.

Cet objectif de 15 % de vaccination supplémentaire permet de rallier les 13% de la population qui aujourd’hui ne se fait pas vacciner ou ne le ferait pas sans ce caractère obligatoire.